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Tristes tropiques

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4L’histoire d’un désenchantement
Par Claude Lorrain
Petit-fils du rabbin de Versailles, Claude Lévi-Strauss, qui fut élevé dans le culte wagnérien, et se passionna dès l’adolescence pour la géologie, est un professeur de philosophie de vingt-sept ans quand il s’embarque en 1935 pour le Brésil. À lui le Nouveau Monde ! C’est l’histoire de cette découverte, et de sa rencontre avec les peuples premiers du Mato Grosso que nous fait partager Tristes tropiques, paru en 1955.Les ambiguïtés d’un beau titre énigmatique, comme les photographies de « sauvages » Bororo ou Nambikwara qui l’illustrent, ne sont probablement pas étrangères au succès de librairie d’un ouvrage un peu abusivement réputé pour le grand public.Donné pour la « liquidation mélancolique de l’actif d’une culture mourante », dont l’occident « porte le crime de la destruction », ce récit se trouve servi par une écriture magistrale. Le jeune voyageur consacre dès sa traversée de l’Atlantique des pages absolument sublimes aux jeux de la mer et du ciel. L’acuité de son regard, conjuguée à une exceptionnelle qualité d’expression, donne sous la plume de l’ethnographe des descriptions d’une magnifique minutie, qu’il nous montre la construction d’une hutte ou la confection d’un étui pénien.Admirateur de Rousseau (« notre maître, notre frère ») et de Chateaubriand, l’écrivain talentueux s’avère toutefois un penseur aux spéculations incertaines, à resituer sans doute dans un lourd pessimisme d’époque (et peut-être sous l’influence d’Arnold J. Toynbee). Alarmé par l’évolution démographique, déconcerté voire « tourmenté » (sic) par l’islam (« La France est en train de devenir musulmane »), et comme en proie à la double tentation de l’esthétisme et du nihilisme, Lévi-Strauss se montre mal à l’aise avec les notions d’histoire et de progrès. L’effort de l’homme lui semble s’opposer vainement à une déchéance universelle, l’avenir ne lui paraît pas du tout enchanteur :« L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. »Dix ans seulement après la Libération, les camps d’extermination se trouvent mentionnés fort laconiquement par Tristes tropiques, où nulle référence n’est faite au judaïsme, bien que bouddhisme et christianisme y soient évoqués.Prenant un maximum de recul, et revenu de bien des illusions, c’est plus en philosophe qu’en ethnologue, et même en poète qu’en philosophe, que Lévi-Strauss, dans « le refus absolu du sens », et pénétré d’un athéisme inébranlable, nous invite à considérer sans ciller cette vérité ultime : « Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui. »

18 internautes sur 19 ont trouvé ce commentaire utile.
4“Il faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes choisissent leurs croyances…
Par Damien Coullon
… indépendamment de leur condition. »On attendait le « livre de l’ethnographie », utilisant les grands mythes et les organisations des sociétés primitives de l’Amazonie pour faire ressortir l’artificialité des nôtres. On peut donc être déstabilisé par la première moitié du livre, qui est essentiellement un récit de voyages, désabusé et légèrement nostalgique. Une posture peut-être exagérément pessimiste quant à la civilisation occidentale. Faut-il y voir un zeste de masochisme, ou plutôt l’une des deux branches du dilemme de l’ethnographe?« Ou bien l’ethnographe adhère aux normes de son groupe, et les autres ne peuvent lui inspirer qu’une curiosité passagère dont la réprobation n’est jamais absente ; ou bien il est capable de se livrer totalement à elles, et son objectivité reste viciée du fait qu’en le voulant ou non, pour se donner à toutes les sociétés il s’est au moins refusé à une. »Au fil du récit, on trouve heureusement de plus en plus de moments rares et précieux où Lévi-Strauss se lance au-delà d’un pur récit descriptif vers des analyses à portée plus générale – ce qu’on attendait principalement – comme par exemple le rôle de l’écriture et de la densité de population dans l’établissement de rapports de domination comme socle de stabilité pour les sociétés :« La liberté n’est ni une invention juridique ni un trésor philosophique, propriété chérie de civilisations plus dignes que d’autres parce qu’elles seules sauraient la produire ou la préserver. Elle résulte d’une relation objective entre l’individu et l’espace qu’il occupe, entre le consommateur et les ressources dont il dispose. […] Ce grand échec de l’Inde apporte un enseignement : en devenant trop nombreuse et malgré le génie de ses penseurs, une société ne se perpétue qu’en secrétant la servitude. »« Si mon hypothèse est exacte, il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement. L’emploi de l’écriture à des fins désintéressées, en vue de tirer des satisfactions intellectuelles et esthétiques, est un résultat secondaire, si même il ne se réduit pas le plus souvent à un moyen pour renforcer, justifier ou dissimuler l’autre. »Lévi-Strauss partage aussi quelques mythes indigènes (trop peu à mon goût), qui nous permettent de goûter à d’autres représentations du monde :« Quand l’Etre suprême, Gonoenhodi, décida de créer les hommes, il tira d’abord de la terre les Guana, puis les autres tribus. Aux premiers, il donna l’agriculture en partage, et la chasse aux seconds. Le Trompeur […] s’aperçut alors que les Mbaya avaient été oubliés au fond du trou et les en fit sortir ; mais comme il ne restait rien pour eux, ils eurent droit à la seule fonction encore disponible, celle d’opprimer et d’exploiter les autres. »C’est bien, mais j’aurais aimé plus d’analyses comparatives de nos propres traditions et croyances, faisant ressortir leur fonction profonde, comme la croyance au Père Noël :« Ce n’est pas seulement pour duper nos enfants que nous les entretenons dans la croyance au Père Noël : leur ferveur nous réchauffe, nous aide à nous tromper nous-mêmes et à croire, puisqu’ils y croient, qu’un monde de générosité sans contrepartie n’est pas absolument incompatible avec la réalité. Et pourtant, les hommes meurent, ils ne reviennent jamais ; et tout ordre social se rapproche de la mort, en ce sens qu’il prélève quelque chose contre quoi il ne donne pas d’équivalent.»

56 internautes sur 62 ont trouvé ce commentaire utile.
4Ethnologie et réflexions philosophiques sur la société
Par plap
Si ce livre a comme base principale les débuts de C.Levi-Strauss en tant qu’ethnologue et ses premières expéditions au milieu des terres brésiliennes à la recherche de différents peuples indiens, afin d’étudier leur modes de vie, l’auteur revient également, et parfois relativement longuement, sur d’autres expériences vécues en Indes, qu’il confronte à divers moments du livre aux civilisations primitives du Brésil et à la civilisation occidentale.Il y a en effet, tout au long du livre, une longue réflexion sur la société et l’humanité, sur son évolution, voire sa décadence (difficile de ne pas noter une grosse note de pessimisme dans ce livre). Il ne s’agit pas d’une critique moraliste sur l’occident qui détruirait tout, mais d’une réflexion philosophique beaucoup plus globale sur la manière de laquelle l’humanité évolue inéluctablement. Et C.Levi-Strauss s’appuie sur ses études ethnologiques (sa véritable vocation; il a fait à la base des études de philosophie) pour répondre à ses questionnements philosophiques sur l’origine et surtout le devenir de l’homme. Le livre ne conclue d’ailleurs pas du tout sur les indiens du Brésil, mais sur le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam et le christianisme qui ont façonné et façonnent les sociétés actuelles.N’attendez donc pas un livre d’aventures; C.Levi-Strauss raconte bien quelques anecdotes lors de ses périples, mais cela reste rare dans le livre. Ca ne semble d’ailleurs pas son fort. On comprend juste que ses périples à travers la brousse ou la forêt ont été très durs, mais il ne s’appesantit pas là-dessus, ni d’ailleurs sur ses compagnons de voyage… bref, l’objet du livre n’est pas de faire du sensationalisme sur les aventures extraordinaires d’un occidental à la découverte de civilisations perdues.Le style d’écriture est assez littéraire, le vocabulaire très riche. Il apporte beaucoup de détails qu’ils soient sociologiques, historiques, géographiques, etc … bref, ce livre fait preuve d’une grande “densité” culturelle, pas toujours facile à suivre d’ailleurs, pour un lecteur ordinaire.C’est donc ce mélange de réflexion philosophique, avec à l’appui des observations très riches en détails qui m’a beaucoup plu. On comprend que la vocation d’ethnologue est, au final, la partie “empirique” d’une étude au final philosophique.Le petit bémol, mais c’est très personnel, est que j’aurais aimé avoir dans ce livre peut-être plus de “légèreté”, c’est à dire des descriptions moins sophistiquées parfois, voire plus générales, qui auriaent permis de se représenter plus facilement et mieux les lieux, telles que les villes ou villages traversés.Une dernière chose: pour les personnes qui s’intéressent au Brésil culturel et se demandent si la lecture de ce livre vaut le coup. Je réponds oui, ne serait-ce que les premiers chapitres, pour apprécier l’évolution démographique vertigineuse. Le livre relate une expédition de 1938. Il est écrit en 1955. C’est amusant de voir une “ville” au bout d’une ligne de chemine de fer(et dont j’ai oublié le nom) qui n’a qu’un habitant (un français) en 1938, et plus de 100.000 aujourd’hui. Sans compter Brasilia qui en a plus de 2 millions et dont Levi-Strauss ne fait aucune allusion dans la mesure où il n’y a que de la brousse à cet endroit au moment de l’écriture du livre! Egalement intéressants les descriptions des différentes populations immigrées (italienne, libanaise, …) qui composent la population. Et bien sût tous les détails historiques.

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